Chevauchement des feux dans la taiga du Québec, Jessie Héon M. Sc.

Ce mémoire de maîtrise avait pour objectif de décrire comment les feux se recouvrent les uns les autres à mesure qu’ils se succèdent dans la taïga du Québec, une région à forte activité de feux. On a testé l’idée largement répandue mais difficile à vérifier, que les feux successifs se propagent et se chevauchent indépendamment du temps qui les sépare, parce que leur occurrence dépendrait beaucoup plus des sècheresses extrêmes que du rétablissement de la végétation et de l’accumulation des combustibles entre les feux.

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Figure 1: Cicatrices de feux multiples sur un pin gris de la taïga du Québec. Le dénombrement des cernes annuels de croissance permet de dater l’année de chaque feu.

Nous avons réalisé une reconstitution très détaillée de l’étendue des feux des derniers 200 ans sur une portion de 190 km de la route de la Baie James dans le Nord du Québec. En récoltant près de 2000 marques laissées par les feux sur les troncs des arbres (Figure 1) et en utilisant les cernes annuels de croissance des arbres pour dater l’année de formations de ces blessures, nous avons réussi à reconstituer l’étendue des feux successifs et à déterminer les intervalles de temps qui les ont séparés le long de la route depuis le début de 19e siècle. Nous avons détecté plusieurs feux immenses qui ont croisés la route sur plus de 50 km lors d’années exceptionnellement sèches en 1922, 1941, 1989 et en 2013. Cette répétition de grands feux à la faveur des années de sècheresses sévères indique que le réchauffement climatique pourrait mener à une plus grande activité de feux.

Figure 1_jessie_vf

Le dispositif expérimental est constitué d’un transect de 196 km le long de la route de la Baie James, dans le nord de la forêt boréale du Québec. Le transect a été divisé en cellules de 2 km x 1 km qui ont été exhautivement parcourrues à la recherche de cicatrices de feux sur le tronc des arbres ou de d’autres indices qui permettent de dater les feux à l’aide de la dendrochronologie.

Cette augmentation potentielle de l’activité des feux n’est toutefois pas sans limite. En mesurant la durée des intervalles de temps qui ont séparé les feux successifs le long de la route, on a observé des intervalles beaucoup plus long que ceux auxquels on aurait dû s’attendre si les feux s’étaient propagés à travers la région sans être limités par le temps écoulé depuis les feux précédents. Cela nous indique qu’en plus des sècheresses, l’occurrence des feux dépend aussi du temps pendant la forêt peut se développer et accumuler des combustibles pour soutenir la propagation du prochain feu. Les chances qu’un nouveau feu recouvre un feu précédent augmentent progressivement pendant les clinquantes premières années pour se stabiliser par la suite. Ce phénomène de résistance est donc très important dans les régions où il y a beaucoup de jeunes forêts.

Ces nouvelles connaissances pourraient être utiles pour prévoir où les prochains grands feux risquent le plus de se produire, et une fois qu’ils seront déclarés, de prévoir dans quelles forêts ils risquent le plus de se propager.

Référence:
Héon, J., D. Arseneault et M.-A. Parisien. 2014. Resistance of the boreal forest to high burn rates. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, 111 : 13888-13893.

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